Présentation en français!

Voici un coin pour mes pamphlets anarchistes, mes conseils beauté, mes élans philosophiques, mes expériences amoureuses à ne pas suivre, mes rêves cauchemardesques, mes reviews sur tout et n'impote quoi - en clair, le monde raconté dans l'ordre le plus confus possible, celui de mon humeur. Comme si le Diable vous racontait le monde tout en ayant un orgasme. Tout cela en anglais ou en français, suivant mon humeur!

lundi 29 septembre 2014

Tabula rasa


Le fantôme et les deux âmes égarées qui traînent encore par ici l’auront sûrement remarqué : ce blog a été entièrement nettoyé. Il en avait bien besoin : trop de selfies, trop de banalités pour mériter son nom. Je ne dis pas que ma tendance à l’apitoiement et aux coups de gueule inutiles va cesser. On a tous ses défauts. Et puis, il faut bien avouer que les articles qui récoltaient le plus de commentaires par ici concernaient :
1 – Rammstein (fanatisme exacerbé caché derrière un souci encyclopédique de compiler tout ce qui se dit sur le groupe)
2 – mon boulot de prof débutante (apitoiement puissance 1000)
3 – mes anecdotes teintées de politique made in café du coin de la rue (coups de gueule féministes et gauchisants)

Je ne dirais pas que cette époque est entièrement révolue. Disons simplement que j’ai vieilli ; que je passe donc de moins en moins de temps sur Internet par plaisir ; que la manière dont je tenais ce blog nécessitait une mise à jour régulière ; qu’il a été concurrencé par d’autres monstres sur blogger que j’ai moi-même créés ; que je n’ai plus le temps de tous les mettre à jour au même rythme effréné. Et que même mes idées politiques ont évolué !

Ce blog, qui a 6 ans désormais, n’a jamais eu de ligne directrice, de grand thème à suivre, et n’en aura probablement jamais. D’ailleurs, il subira sûrement un nouveau remaniement dans 6 ans, remaniement bien inutile pour les hackers qui retrouvent tout – mais les hackers me laissent indifférente et ça sera probablement réciproque. Je crois toujours qu’il est impossible de préserver son anonymat sur Internet et que le meilleur moyen de battre Big Brother est d’abreuver la Toile d’infos sur soi, vraies, fausses et inutiles en proportions équivalentes. Le nettoyage de ce blog est donc surtout symbolique pour moi : il me force à adopter l’attitude de la prof qui entame une nouvelle année scolaire, dans un nouvel établissement, avec de nouveaux élèves et une nouvelle équipe.

Depuis la rentrée, je suis affectée dans la région parisienne, après deux années de stage en province. Ne comptez pas sur moi pour vous dire dans quelle petite ville je tisse ma toile, ni où j’enseigne (en tant que TZR, ça change tout le temps de toute façon). Mes propos sur ce blog pourraient très bien se révéler peu « éthiques et responsables. »
D’ailleurs, je commence fort : j’envisage de démissionner. Oui, après seulement deux ans d’enseignement. Seul mon prêt à rembourser m’en empêche. Je démissionnerai donc. Peut-être dans deux ans, peut-être dans 5 ans… La vocation, je ne l’ai peut-être jamais eue et ce n’est plus ce qui amène les jeunes à enseigner de nos jours. Au mieux, ils ont ce maigre espoir (tout rachitique, l’espoir, hein) que le métier de prof inclut encore 20% d’enseignement. Je dis au mieux, parce qu’au pire, le chômage des jeunes et les erreurs de parcours dans les études sont là pour enfoncer le clou.
Les jeunes profs chevronnés, ceux qu’on dit être les meilleurs profs, ceux qui sont réunis en ZEP (veuillez désormais les appeler REP, REP+ et autres…), ne sont là que pour récolter les points APV et se barrer.
« Il faut que tu abandonnes l’idée de faire cours, » me dit un collègue PP (prof principal – l’Education Nationale est un monde de sigles). « Minimum 3 mois. Peut-être toute l’année…. »
Je suis TZR, je lui rappelle. Ça veut dire que je vais subir insolences, bagarres, et jets de gomme (sur élèves et sur moi-même) toute l’année peut-être pour…rien. Si encore ce baptême du feu permettait d’être mieux armé, ce serait génial. Mais même pas. La carapace ne devient pas plus épaisse ; elle s’effrite, et les meilleurs profs colmatent les fissures par du cynisme ; les autres partent en dépression.
L’explication fournie par les « anciens » d’une ZEP est toujours la même : une fois que les élèves te connaissent, ça se passe mieux.
« Les élèves en zone difficile fonctionnent beaucoup à l’affectif… » Certes, mais je ne suis pas formée pour remplacer leur maman. Je remplace leur prof  qui n’a jamais pris son poste. Je sais que le prof a aussi la fonction d’éducateur – l’imbécile ultra formaté que j’avais comme inspecteur l’an dernier me l’a suffisamment rappelé – ce concept est très bien ancré dans mon cerveau ; je crois désormais que les profs enseignent pour 20% et éduquent pour 80%. Mais les profs en France ne sont pas formés pour ce qui correspond à 80% de leur boulot et doivent subir des baptêmes du feu répétés pendant leur début de carrière avec la conviction que dans 5 ans, avec un PACS et quelques bonifications de points, ils obtiendront leur mutation dans un établissement un peu plus sympa, près de leur famille et/ou amis.
Non, pas avec la conviction qu’ils soient capables d’éduquer des ados un jour. Pour avoir déjà testé une ZRI (zone rurale isolée), un lycée huppé et une ZEP classée violence, je peux vous garantir qu’aucun prof ne sait éduquer d’autres gamins que les siens.
« Oh ! tu sais, si un gamin t’emmerde en cours, tu appelles ses parents. Tu verras, il y en a dont le père est connu pour être violent et le gamin se prendra une raclée, c’est pas cool, mais au moins, il te fichera la paix un temps. »
Heu, non. Je suis cynique, mais pas à ce point.

Comment fais-je donc pour survivre à ces 2 ou 5 années que je me donne ? Je m’inscris pour la quatrième fois à l’agrégation et je prie pour qu’Oscar Wilde et ses bons mots apportent mon salut. L’agrégation, c’est 100 points de gagnés. Non seulement ça ne se refuse pas, mais cela devient nécessaire lorsque je vois que les académies que je vise deviennent de plus en plus « chères » en points lors des mouvements.

Je réfléchis aux portes de sortie : enseigner à l’étranger n’est pas forcément plus simple ; obtenir un poste en lycée français à Londres ou Berlin, ça fait rêver jusqu’à ce qu’on comprenne que le salaire change peu (enfin, pour Londres, l’indemnité est conséquente, mais la concurrence est rude). Reste la reconversion, mais avec une formation aussi débilitante, l’enseignant n’est pas la priorité des employeurs. Il faut dire que la formation d’un enseignant est simple. N’importe quel bon élève s’y complaît. Elle te donne un aperçu sur un monde merveilleux où ne règne que la connaissance ; où les sciences, l’art et la littérature portent une majuscule alors qu’ailleurs, ils ne sont que de vagues prétextes pour enculer les mouches ; et surtout, où les jeunes enseignants sont exclus à moins d’avoir une carte de parti, le statut d’agrégé et une forte tendance à flatter les gens.

Je sens que mes propos deviennent bien acerbes, mais n’oublions pas que c’est le diable qui parle ici. Point de Vérité dans ma Voix. Ce blog n’a de sens que si j’y étale le mal-être et la mauvaise humeur cumulés dans les heures de trajets en RER et bus bondés, dans les heures de cours sans véritable contenu.

Ce blog est un exutoire. Et s’il a, en plus, une fonction cathartique ou informative pour ceux qui passent par là, c’est tant mieux. Mais ce n’est pas le but.